
Le rôle des parents : plus qu’une simple question de surveillance ?
Équipe de recherche
Méliane Deprez
Étudiante au baccalauréat en psychologie
Université de Montréal
Sara Lacoste
Étudiante au baccalauréat en psychologie
Université du Québec à Montréal
Catherine Cimon-Paquet
Professeure au département de psychoéducation et de psychologie
Université du Québec en Outaouais
Marie-Hélène Véronneau
Professeure au département de psychologie
Université du Québec à Montréal
Comment les parents devraient-ils s’impliquer dans la vie de leurs jeunes ? Notre équipe de recherche s’est penchée sur le sujet de la supervision parentale au début de l’adolescence et de ses effets possibles à long terme, notamment sur le niveau d’études et la satisfaction au travail à l’âge adulte.
La supervision parentale correspond à l’obtention d’informations par les parents sur ce qui se passe dans la vie de leur jeune. Elle provient, entre autres, de discussions et du partage volontaire d’information par l’adolescent ou l’adolescente.
Limite des connaissances sur les effets à long terme de la supervision parentale
L’adolescence est une période clé marquée par le développement de l’indépendance, mais aussi parfois par l’apparition de certains comportements à risque (ex. délinquance, consommation d’alcool), ce qui en fait un moment privilégié pour faire de la prévention (Van Ryzin et al., 2012). Bien que la supervision parentale soit reconnue pour réduire les comportements à risque, ses effets à long terme demeurent peu connus. Son rôle dans l’adaptation des jeunes à l’âge adulte, notamment leur niveau d’études et leur satisfaction au travail, reste à préciser. De plus, les bienfaits reliés à la supervision parentale pourraient varier selon certains contextes familiaux et certaines caractéristiques du jeune, comme la qualité des relations familiales et la réussite scolaire de l’adolescent ou de l’adolescente.
Pour répondre à ces questions, les données de 818 personnes recrutées entre 1996 et 1998 ont été analysées. Leur parcours a ensuite été suivi de 12 à 29 ans à l’aide de différents questionnaires.
Principaux résultats
Les résultats montrent que la supervision parentale au début de l’adolescence est associée à un niveau d’études atteint plus élevé à l’âge adulte, mais seulement dans des circonstances précises :
- Les relations familiales : Un niveau plus élevé de supervision parentale est associé à un niveau d’études plus avancé à l’âge adulte, mais seulement chez les jeunes qui rapportaient des relations familiales moins positives. La supervision parentale pourrait compenser des relations familiales moins bonnes en favorisant l’engagement scolaire des jeunes.
- La réussite scolaire : Lorsque les jeunes obtiennent un rendement scolaire élevé, la supervision parentale est associée à un niveau d’études plus élevé à l’âge adulte. Or, lorsque les adolescents ou adolescentes obtiennent un rendement scolaire faible, aucun lien n’est observé. Ainsi, la supervision parentale semble surtout favoriser la réussite scolaire à long terme chez les jeunes qui réussissent déjà bien à l’adolescence.
- Satisfaction au travail : Les résultats obtenus montrent aussi que les relations familiales positives à l’adolescence sont associées à une plus grande satisfaction au travail à l’âge adulte. Toutefois, la supervision parentale ne semble pas avoir d’effet sur la satisfaction au travail.
Applications concrètes
- Promouvoir la supervision parentale : Les interventions favorisant la supervision parentale peuvent soutenir la persévérance scolaire chez certains élèves.
- Développement de stratégies de communication adaptées : Plutôt que de miser uniquement sur les limites et les règles, il serait idéal d’encourager une forme de supervision parentale basée sur l’échange, notamment en amorçant des discussions ouvertes avec leurs adolescents et adolescentes. Par exemple, un parent pourrait demander à son jeune comment s’est passée sa journée d’école. De plus, cela peut aider à entretenir des relations familiales positives, favorisant ainsi une plus grande satisfaction au travail à l’âge adulte.
- Renforcer la collaboration entre les milieux scolaires et familiaux : Puisque la supervision parentale pourrait favoriser la persévérance des jeunes à l’école, le personnel scolaire pourrait encourager les parents à s’impliquer dans la vie de leur adolescent ou de leur adolescente.
Conclusion
La supervision parentale durant l’adolescence pourrait favoriser la persévérance scolaire chez certains élèves. En plus de prévenir certains comportements à risque susceptibles de nuire à leurs études, elle peut devenir un levier important pour soutenir la réussite scolaire des jeunes évoluant dans des environnements familiaux moins favorables.
Pour en savoir davantage, veuillez consulter l’article original.
Références
Cimon-Paquet, C., Ha, T. et Véronneau, M.-H. (2025). Unpacking Moderators in the Path From Parental Knowledge to Educational Attainment and Job Satisfaction: A 15-Year Longitudinal Study. The Journal of Early Adolescence, 02724316251408895. https://doi.org/10.1177/02724316251408895
Van Ryzin, M. J., Fosco, G. M. et Dishion, T. J. (2012). Family and peer predictors of substance use from early adolescence to early adulthood: An 11-year prospective analysis. Addictive Behaviors, 37(12), 1314–1324. https://doi.org/10.1016/j.addbeh.2012.06.020
Source de l’image : Magnific