
Se sentir compétent et autonome à l’école : quel lien avec les choix d’avenir des élèves de secondaire 5 ?
Équipe de recherche
Remy Mbanga, Ph. D.
Professeur, Faculté d’éducation
Université de Sherbrooke
Érika Langlois
Étudiante, Baccalauréat en psychologie
Université de Sherbrooke
Si choisir un programme d’études ou une carrière représente une étape stimulante pour certains élèves du deuxième cycle du secondaire au Québec, une autre proportion – environ un jeune sur deux – indique éprouver de la difficulté à faire ce choix (Mbanga et al., 2024). Cette difficulté peut se répercuter sur plusieurs sphères du jeune, notamment en générant de l’anxiété face à l’avenir, en fragilisant son engagement scolaire ou encore en créant des tensions avec son entourage autour des choix d’études et de carrière. C’est dans cette perspective que l’étude présentée ici s’est intéressée aux ressources psychologiques susceptibles d’être associées à la manière dont les élèves vivent leur processus de prise de décision vocationnelle.
Que voulait comprendre cette étude ?
Menée auprès de 376 élèves de cinquième secondaire répartis dans 21 écoles du Québec, dont 53,6 % des filles, l’équipe de recherche voulait vérifier si des jeunes qui se sentent plus autonomes, plus compétents et davantage soutenus par leur entourage scolaire présentent moins d’indécision vocationnelle, et si cette relation est différente chez les filles et les garçons. Concrètement, elle a examiné les liens entre la satisfaction de chacun des trois besoins psychologiques fondamentaux à l’école — l’autonomie, la compétence et l’appartenance sociale — et quatre différentes manifestations de l’indécision vocationnelle. La figure suivante présente ces deux ensembles de dimensions et les relations examinées entre eux.

Ce que révèle l’étude
Premier constat
Se sentir autonome et compétent à l’école est associé à de plus faibles niveaux d’indécision vocationnelle. Les jeunes qui éprouvent davantage ces deux sentiments tendent à avoir une idée plus claire de leur avenir, à se sentir mieux préparés à faire un choix, à éprouver moins de difficultés à préciser leurs intérêts et leurs aspirations et à accorder davantage d’importance à leur choix de carrière. Si l’autonomie est liée de façon assez constante à ces différentes manifestations, le sentiment de compétence ressort plus fortement, particulièrement lorsqu’il s’agit d’avoir déjà une idée du domaine ou de la profession vers lesquels se diriger.
Deuxième constat
Le besoin de compétence joue un rôle particulier chez les filles. Si la compétence est associée à moins d’indécision vocationnelle chez l’ensemble des élèves, certaines de ces associations sont plus fortes chez les filles que chez les garçons. C’est notamment le cas pour l’immaturité vocationnelle et le manque d’importance accordée au choix de carrière : plus les filles se sentent compétentes à l’école, plus elles tendent à se sentir prêtes à faire un choix et à considérer leur choix de carrière comme important. Ces différences entre filles et garçons restent toutefois limitées à ces deux manifestations.
Troisième constat
Se sentir proche des autres élèves n’est pas directement associé à une moindre indécision vocationnelle. Contrairement à l’autonomie et à la compétence, le besoin d’appartenance sociale n’est lié à aucune des quatre manifestations étudiées. Cela ne signifie pas qu’il est sans importance pour les jeunes : ses effets sur leur développement vocationnel pourraient plutôt être indirects, par exemple en passant par le bien-être ou l’engagement scolaire. Ces pistes restent toutefois à vérifier. Cette piste devrait aussi être mieux explorée.
Pistes concrètes pour les personnes intervenantes scolaires
Les résultats invitent à considérer le développement vocationnel comme quelque chose qui ne se joue pas uniquement au moment de choisir un programme d’études ou une profession. Les expériences vécues quotidiennement à l’école peuvent aussi contribuer à créer des conditions favorables à la réflexion sur l’avenir. Les personnes intervenantes en milieu scolaire (personnes enseignantes, gestionnaires et professionnelles) pourraient notamment chercher :
- à donner aux élèves de véritables occasions de faire des choix et d’exprimer leurs préférences afin de soutenir leur autonomie ;
- à leur proposer des défis adaptés à leurs habiletés et à valoriser leurs progrès afin de renforcer leur sentiment de compétence, et ce, surtout chez les filles ;
- à maintenir des relations scolaires soutenantes, tout en gardant à l’esprit que l’appartenance sociale pourrait agir plus indirectement sur le développement vocationnel.
Ces pistes ne constituent pas un traitement de l’indécision vocationnelle, mais plutôt des conditions éducatives susceptibles de soutenir les ressources dont les jeunes ont besoin pour réfléchir à leur avenir.
Conclusion : créer des conditions favorables aux choix d’avenir
Cette étude montre que la satisfaction des besoins psychologiques fondamentaux à l’école est liée de manière différenciée à l’indécision vocationnelle. L’autonomie et la compétence ressortent comme les besoins les plus directement associés à certaines manifestations de l’indécision, tandis que l’appartenance sociale ne présente pas de relation directe avec celles-ci dans cette étude. Les résultats suggèrent également que le besoin de compétence mérite une attention particulière chez les filles, même si les différences observées selon le sexe demeurent limitées et ne concernent que certaines dimensions de l’indécision vocationnelle. Il serait donc excessif de conclure que « la combinaison des trois besoins » constitue la meilleure façon de réduire l’indécision. Les résultats invitent plutôt à considérer l’autonomie et la compétence comme des ressources scolaires susceptibles de contribuer au développement vocationnel, parmi de nombreux autres facteurs.
L’histoire personnelle, le contexte familial, les possibilités d’exploration, les ressources disponibles et les expériences scolaires participent également à la construction des choix d’avenir. Accompagner les élèves consiste ainsi non seulement à soutenir le développement de leurs compétences à s’orienter, mais aussi à créer des environnements scolaires qui leur permettent progressivement de se sentir capables d’agir, de faire des choix et de réfléchir à leur avenir.
Références
Mbanga, R., Ratelle, C.F., Duchesne, S., Smith J., & Médéssè F.A. (2026). Indécision vocationnelle et satisfaction des besoins psychologiques fondamentaux à l’école : une analyse différenciée selon le sexe. L’orientation scolaire et professionnelle. 55(3). https://doi.org/10.4000/16s6h
Mbanga, R., Ratelle, C. F., & Duchesne, S. (2024). Predicting trajectories of vocational indecision from motivational profiles in early adolescence. BMC Psychology, 12, 247. https://doi.org/10.1186/s40359-024-01747-0
Source de l’image : Magnific
Pour en savoir plus sur la théorie de l’autodétermination : Self-Determination Theory (site officiel)
Comment citer cet article ?
Mbanga, R., & Langlois, É. (2026). Se sentir compétent et autonome à l’école : quel lien avec les choix d’avenir des élèves de secondaire 5 ? Réseau d’information pour la réussite éducative (RIRE), Centre de transfert pour la réussite éducative du Québec (CTREQ). [URL de l’article]